Bisket Jatra, la magie d'une fête tantrique newar.

Au programme : rituels, traditions, folklore… Adrénaline, euphorie et effervescence.

 

Les festivals au Népal sont l'occasion d'exprimer une dévotion religieuse et de renforcer les liens sociaux. Ils apportent de la couleur et de la magie à la vie quotidienne et sont des événements très attendus.

 

Bisket Jatra est un festival célébré dans tout le Népal mais plus particulièrement à Bhaktapur, à quelques kilomètres de Katmandou.

Bhaktapur, littéralement « la place ou la ville des dévots », était la capitale du Népal et le plus grand des trois royaumes Newar de la vallée de Katmandou pendant le «royaume de Malla» qui dura jusqu'à la deuxième moitié du 15ème siècle. Aujourd'hui, c'est la troisième plus grande ville de la vallée, avec une population de plus de 80 000 habitants, dont la majorité est encore Newars. 

Le festival de Bisket Jatra coïncide avec le nouvel an népalais, basé sur le calendrier lunaire Vikram Samba.

       La légende veut que cette célébration soit la «fête après la mort du serpent». Elle raconte qu'il était une fois une belle princesse népalaise dont les maris mourraient les uns après les autres, dévorés la nuit par des serpents, après la nuit de noce. Un prince, adepte du tantrisme et néanmoins très épris de la belle, décida de l’épouser à son tour. Au cours de leur nuit de noce, il resta éveillé et vit deux serpents sortir des narines de sa dulcinée et grandirent très rapidement. Quand ils furent sur le point de frapper le jeune homme, ce dernier, avec son épée leur coupa la tête, mettant ainsi fin à la malédiction. Pour rendre hommage à sa bravoure, le roi fit ériger un mât où il accrocha les dépouilles des serpents pour que tous puissent les voir.

 

 Depuis lors, chaque année au moment du Nouvel an népalais, les habitants élèvent un gigantesque mât sur lequel sont accrochés deux bandes de tissu qui représentent symboliquement les serpents. Sont alors installés dans deux immenses chariots, les représentations de Bhairava et de Bhadrakali qui viennent assister au spectacle.

Ce festival est connu des népalais pour être des plus spectaculaires et exaltés du pays. Il dure 8 nuits et 9 jours, rassemble des milliers de personnes et est ponctué par plusieurs événements plus impressionnants les uns que les autres.

 

     -  L’assemblage, tout d'abord, de deux chariots géants qui, sont ensuite tractés à l'aide de cordes par des centaines de personnes à travers la ville pendant le festival. L'un porte une statue de Bhairav, une incarnation de Shiva et l'autre une statue de Bhadrakali, symbolisant respectivement l'Homme et la Femme. 

Un leader, positionné sur la proue jaune orangée est chargé de motiver les troupes. Il lance le signal en hurlant « hashé » (tirez) tandis que ces derniers répondent en cœur tout en tirant sur les énormes cordes : « hasha » (nous tirons). Cet effort collectif est nécessaire pour arriver à faire bouger ce monstre de plusieurs tonnes.

 

 

 - Deux mâts, d’une hauteur impressionnante  et pouvant atteindre les 40m, sont érigés sur deux places de la ville. Sur la place Bhaktapur Durbar, un énorme Yohsi (mâle génital) d'environ 25 mètres est érigé dans la pierre appelée base yoni (organes génitaux féminins). Deux longs drapeaux attachés au mât représentent les deux serpents de la légende.

 

Le mat se dresse fièrement tandis que quelques téméraires l’escaladent, n’hésitant pas à risquer leur vie, pour ramener un morceau des branches accrochées à son sommet. Selon la croyance, les personnes arrivant au sommet de ce mat auront un fils. Chacun engage sa responsabilité individuelle et s’il y a un accident personne n’aura l’idée de blâmer l’organisateur ou qui ce soit !

Le  mât de 25m est abattu le 1er jour de l’année, symbolisant la destruction du Mal et la promesse de fertilité pour cette nouvelle année.

Les spectateurs, qui ont choisis d’observer cette euphorie en gardant leur distance,  sont perchés sur les murets, les toits ou encore pendus aux fenêtres de leur habitation.  Le moindre espace est occupé.  

En fin de journée, le poteau qui a été hissé la veille après tant d’efforts ne met que quelque secondes avant de tomber sur le sol ! Le nuage de poussière soulevé par le poteau retombe doucement sur les gens amassés tout autour.

 Après l’euphorie, les rues se vident petit à petit.

      -  Le dernier jour du festival, le deuxième mât qui a été érigé cinq jours auparavant est mis au sol en effectuant divers rituels. Puis, le soir, deux équipes rivales s’affrontent en tirant chacune de leur côté le char géant. C’est l'un des événements les plus spectaculaires car un gigantesque bras de fer entre la partie est et ouest de la ville commence.  

 C’est également à cette occasion que les débordements sont les plus importants, avec des risques de bagarres et de jets de briques. Il est conseillé de ne pas trop s’approcher du char à ce moment. 

 

Tous les habitants des rues où le char peut passer barricadent leurs portes et leurs fenêtres pour éviter les détériorations. 

Bilan matériel à la fin du festival sur la place publique : fils électriques arrachés, tuiles effondrées et partie de chaussée à refaire.

Si vous respectez quelques mesures de sécurité, ce festival sera une expérience inoubliable et vous plongera au cœur de la culture newar. C’est un événement aux facettes multiples : c’est tout à la fois l’occasion de perpétuer des traditions religieuses profondément enracinées, tels que les offrandes aux dieux et les sacrifices d’animaux,  que de se réunir et de faire la fête pendant plusieurs jours.

 

Ces célébrations sont particulièrement impressionnantes, aussi bien par le nombre de personnes, incluant toutes les générations, que par la ferveur suscitée par chaque événement ponctuant le festival.

THIMI - Sindoor Jatra ou le festival de la poudre de vermillon

 

Une autre célébration tout aussi joyeuse et spectaculaire se déroule à Thimi, à quelques kilomètres de la vieille ville de Bhaktapur, le deuxième jour de la nouvelle année.

Les gens des localités portant les 30 et quelques chariots de divinités et tournent autour du temple de Baalkumari. Les participants portent des torches enflammées ou jouent de la batterie et des cymbales. La poudre de vermillon, cette couleur sacrée, est répandue au son de la musique Newari Dhime. En un rien de temps, toute la localité devient orange vif. L'ambiance devient incroyablement festive.

 

 

  La plupart des gens aiment participer à l'événement plutôt que d'être simplement des spectateurs. Les touristes sont également de la partie. Les locaux, après leurs avoir demandé courtoisement l’autorisation, leurs badigeonnent le visage de poudre orange en lançant un joyeux « happy new year ! ».

Plus tard dans la journée, on procède à une cérémonie qui attire énormément de monde.

Un prêtre insère dans la langue de l’homme élu une longue aiguille métallique. Si l’élu ne saigne pas, c’est un présage de bonheur et de prospérité pour la nouvelle année.

Il parcourt ensuite la ville tout en gardant la tige dans la langue et en portant un treillis de perches de bambou enflammé à chacune de ces extrémités, suivi par une procession massive.

 La ville se remplie de dévots. Les femmes et les enfants vont au temple faire des offrandes vêtus de leurs saris traditionnels. 

Pourquoi assister à ces deux festivals ?

Pour vivre une expérience unique en son genre : être plongé au cœur de ce festival, se mêler à la ferveur des ruelles et participer aux réjouissances: danser au rythme des percussions, jouer des cymbales, ou bien encore tirer le chariot ou le mât…

C’est une très bonne occasion de sympathiser et se lier d’amitié avec les locaux. Ces derniers vous inviteront très facilement à boire un thé, ou à partager un coin de leurs terrasses ou de leurs toits pour regarder l’événement.

Que voir à Bhaktapur en dehors du festival ?

La ville en elle-même regorge de trésors architecturaux et vous transportera au moyen-âge.

Bhaktapur n'a pas une, mais trois grandes places pleines de temples imposants qui constituent l'une des plus belles architectures religieuses de tout le pays.

Bhaktapur a toujours été décrite comme la ville la mieux préservée. Tragiquement, le tremblement de terre de 2015 a provoqué une terrible dévastation, avec des rues entières de maisons traditionnelles perdues à cause de la catastrophe. Seuls quelques temples ont été détruits, mais de nombreux bâtiments traditionnels qui ont survécu au séisme ont depuis été déclarés inhabitables. Les cicatrices de la catastrophe sont toujours clairement visibles et il faudra des années pour que la ville se rétablisse complètement.

Cependant, les attractions restent les mêmes : des places médiévales remplies de temples, des rues étroites serpentant entre des maisons en briques rouges, des cours cachées parsemées de temples, de statues, et de puits. Bhaktapur possède les cours intérieures et le centre-ville les mieux conservées du Népal.

La ville est classée parmi les sites du patrimoine mondial par l'UNESCO. La vie culturelle de la ville est bien présente. Elle est reconnue pour sa sculpture sur bois et sa poterie, et des ateliers de poteries sont proposés par certains artisans.

 

En photo

Thimi comme le festival de Bisket Jatra sont particulièrement propices aux photos.

Lors du festival de Thimi, pensez à bien protéger votre appareil photo à l’aide d’un sac plastique ou d’une housse adaptée pour ne pas risquer de voir de fines particules s’insérer dans votre précieux appareil photo.

Et lorsque l'événement atteint son apogée, vous pouvez tout aussi bien choisir de  prendre un peu de hauteur !

 

Pour les événements majeurs qui ont lieu à Baktapur tels que l’érection des mâts ou leurs « abattages », il est souhaitable de faire au préalable un repérage de lieux afin d’avoir un endroit particulièrement bien situé et d‘arriver en avance.

L’attente pourra être longue, les événements commençant rarement à l’heure annoncée !

 

Quel budget ?

Le festival est entièrement gratuit. Il vous faudra juste payer l’entrée à la vieille ville (Durbar Square) comme à n’importe quelle autre période de l’année. Il existe des solutions d’hébergements pour toutes les bourses, à partir de 4€/personne.

 

Vous pourrez découvrir davantage de photos sur ce festival dans le menu "Reportage".

 

 

 

 

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 Carole Pariat / +33 6 70 72 91 81  /  pariatcarole@yahoo.fr   / N° SIRET : 82283189700043.